Rando-bivouac : 3 jours sur le GR®54

Le GR®54, le tour de l’Oisans et des Ecrins… Un des chemins de Grande Randonnée les plus exigeants d’Europe, avec près de 200km, 14 cols à franchir et plus de 12000 mètres de dénivelés positifs. Un des locaux nous a assuré qu’il était plus difficile que le GR®20 de Corse : à vous d’aller juger !

Cette année, l’objectif était de faire le grand tour en 10 jours, mais une blessure m’a forcée à revoir mes ambitions à la baisse. Tant pis, nous ferons tout de même les premières étapes du GR® pour une superbe micro-aventure. Dépaysement et grand bol d’air garantis, avec ce mini-trek de 3 jours entre Bourg d’Oisans et La Grave.

De Bourg d’Oisans à La Garde

Le GR® est costaud dès le début, même si la première moitié est la plus facile. L’idéal est de commencer à grimper la première volée de D+ dès votre arrivée à Bourg d’Oisans. Ainsi, vous vous épargnerez un sacré dénivelé de bon matin (le « mur », qu’on l’appelait entre nous), et vous trouverez un coin de bivouac pour la première nuit, loin des campings 5* du Bourg, qui sont hors de prix, même pour en tarif randonneurs.

Une fois que vous avez retrouvé le début du GR® (si vous arrivez en bus – depuis Grenoble par exemple – cherchez à aller en direction de l’Intermarché, dépassez le et vous trouverez assez vite la fameuse balise blanche et rouge qui passe sous la route, direction les montagnes !), suivez le balisage jusqu’à la Garde. Grimpez, traversez la route, grimpez, traversez… Pensez à bien vous hydrater car c’est raide pour une entrée en matière !

Une petite heure plus tard, vous êtes arrivés à la Garde. Une source d’eau bienvenue vous rafraîchira, ainsi que la possibilité de tomber sur le bar-restaurant ouvert pour un soda frais.

Il ne reste plus qu’une vingtaine de minutes jusqu’au point de bivouac. Prenez la route d’en bas (qui s’appelle vraiment « la Route d’en Bas »), le chemin qui descend jusqu’au torrent et… tadaa ! Table de pique-nique, terrain plat pour planter la tente et… bruit infernal du torrent à côté. Avec mes bouchons d’oreille, aucun soucis, mais si vous ne pouvez pas dormir sans un calme plat, éloignez vous un peu.

Ce petit spot de bivouac a été déniché grâce à un groupe Facebook. N’hésitez pas à aller faire un tour sur les blogs ou les réseaux sociaux, ça regorge de bons plans et les internautes se posent souvent les mêmes questions que nous !

Après une toilette et une lessive sommaire dans l’eau fraîche (froide) du torrent, on a sympathisé avec deux garçons qui marchaient aussi dans les environs. Un dîner lyophilisé et une partie de jeu de cartes plus tard, et on s’endormait pour la nuit (même si les premières nuits en bivouac sont toujours particulièrement hachées pour moi).

De La Garde à Besse-en-Oisans

L’étape grimpe franchement au début, puis se poursuit par une longue pente douce jusqu’au col de la Sarenne. Ce n’est pas la partie la plus fantastique du parcours, car c’est sur route (et qu’on a eu un peu de pluie). A l’arrivée au col, une bergerie propose du fromage de chèvre et de l’omelette aux cèpes ou à la charcuterie, avec des œufs on ne peut plus frais : pause méritée et bienvenue !

Jolie vue malgré le ciel gris depuis le col de la Sarenne

Ensuite, ça redescend jusqu’au Clavans-le-haut et Clavans-le-bas – ne ratez pas le chemin, au risque de descendre par les longs lacets de la route pour les voitures. Vos genoux vous remercieront mais ça vous rallongera le temps d’étape…

Et sachez qu’on ne redescend que pour mieux remonter ! Une fois que vous pensez avoir bien usé vos gambettes, l’idéal est de pousser jusqu’à Besse-en-Oisans (encore une fois, pour vous épargner une partie du dénivelé le lendemain !). C’est dans la montée jusqu’à Besse (300 D+ environ sur cette partie) qu’on a croisé plusieurs randonneurs, et qu’on a sympathisé lors des quelques pauses effectuées pour récupérer.

A l’arrivée à Besse, le petit groupe ainsi formé fait tomber le sac à dos et se réunit au « Bar des Touristes« , le bar du village. On y trouve des bières locales, de la tarte aux myrtilles, des glaces… bref, il y aura forcément quelque chose de réconfortant pour se remettre de cette étape !

L’épicerie accolée au bar ferme à 19h et vous permettra de vous ravitailler pour le soir et le lendemain midi. Pour ma part, j’ai opté pour un plat en conserve pour le soir au réchaud, et le classique pain-fromage-saucisson pour le pique-nique ! Certains copains de rando ont préféré acheter un sachet de pâtes et un pot de sauce tomate, et d’autres sont partis sur un apéro aux chips et au rosé.

Si vous arrivez après 17h, pensez à prendre un jeton à l’épicerie ou au bar pour profiter d’une douche chaude à l’aire de bivouac un peu plus loin (2€50). Poussez un petit kilomètre après Besse (toujours en suivant le balisage rouge et blanc), et vous arriverez à l’Aire de Bivouac du Gay, 5€50/personne pour l’emplacement, avec sanitaires (2€50 les 6mn de douche avec eau chaude, mais vous pouvez profiter des douches non chauffées même si vous n’avez pas récupérer de jeton. L’eau fraîche, c’est bon pour la circulation sanguine et la récupération !). Si vous arrivez tard, vous pouvez toujours vous installer et payer le lendemain matin, mais attention l’Aire est parfois complète !

De Besse-en-Oisans à La Grave

Vous avez aimé le dénivelé de bon matin la veille ? Vous allez adorer les 700 et quelques mètres de D+ à avaler dès le saut du lit tapis de sol.

Mon conseil, partez TÔT :

  • vous pourrez effectuer l’ascension alors qu’il fait encore frais,
  • par temps clair, vous pourrez admirer les rayons du soleil qui percent à travers les montagnes,
  • vous aurez plus de temps pour vous autoriser à faire les variantes de l’étape.

Une fois arrivés au col st Georges, vous pouvez souffler et profiter de la vue imprenable sur les pics enneigés, avec devant vous la Barrière des Ecrins et la Meije. A partir de là, ça déroule, il n’y a plus de pente raide. La vue est magique.

Seul obstacle après le col : les troupeaux de vaches qui traversent les chemins.

L’aller-retour au lac noir vaut le détour si vous en profitez avant midi/treize heures. Après, un flot de promeneurs se déverse depuis le parking du plateau d’Emparis.
Comme il faisait très beau et chaud, on a pris le repas du midi là-haut, mais le vent est froid et le corps se refroidit vite, alors n’hésitez pas à redescendre un peu ou à bien vous couvrir pour la pause.

On plonge ensuite jusqu’à Chazelet où la crêperie-bar nous offre une pause fraîcheur, puis on descend encore jusqu’à La Grave. Entre les deux, le « pas dans le vide » ravira tous ceux qui ne seront pas pétrifiés par le vertige.

A La Grave, vous trouvez un village avec beaucoup de commodités : camping, distributeur de billets, commerce, bar, pizzeria, station de bus… Le camping en bas du village est assez cher mais vous pouvez bénéficier d’un tarif de groupe à partir de 4 randonneurs. Les sanitaires sont au top et vous avez même droit à la piscine, ce qui est assez rare en tarif randonneur.

Pour les plus motivés, vous pouvez pousser jusqu’à Villar d’Arène. Dans ce cas, appelez les refuges pour vous renseigner sur les possibilités de bivouac, de douches, et de repas.

Conseils pratiques

Arriver à Bourg d’Oisans

Bourg d’Oisans est relativement bien desservi en bus. Nous sommes arrivés par TER à Grenoble depuis Lyon, puis sommes allés acheter nos billets de bus directement à la boutique en gare. Regardez les horaires sur une fiche en amont, car plusieurs compagnies font ce trajet et elles ne s’affichent pas toujours toutes sur leurs ordinateurs, alors pour éviter de devoir partir à 16h au lieu de 14h, anticipez !

Revenir au point de départ

Depuis La Garde, il est possible de revenir à Bourg d’Oisans en bus, mais aussi d’aller jusqu’à Grenoble ! A vérifier, mais je crois que la ligne passe aussi par Villar d’Arène, pour ceux qui ont poussé à l’étape d’après. Le bus part à 7h40 de La Garde, vous en avez un autre aux alentours de midi – horaires à vérifier, nous sommes partis en août. Le bus se réserve au moins 24h en avance afin d’être assurés d’avoir une place. Nous n’avions pas réservé et avons pu monter dans le bus de 7h40 en payant notre place au chauffeur, mais vous n’êtes pas assurés d’avoir une place en faisant ça.

Réduction sur les TER Auvergne-Rhône-Alpes

Très bon plan à utiliser sans modération : Illico Promo Vacances ! La région Auvergne-Rhône-Alpes propose des réductions pendant les vacances scolaires, et pas des moindres : sur les TER, à partir de deux voyageurs, vous avez 40% de réduction sur votre réservation et la gratuité pour les moins de 12 ans ! La promo n’est pas visible quand vous réservez chacun votre billet sur OuiSNCF, il vaut mieux suivre ce lien et cliquer sur « j’en profite ».

Qu’est-ce que je mets dans mon sac à dos ?

Pour cet itinéraire, ne vous chargez pas trop : sur toute la première partie du GR® jusqu’à Vallouise, vous trouverez des sources d’eau et des commerces. L’idéal est de passer un coup de téléphone aux commerçants pour connaître les jours et horaires d’ouverture et s’assurer que l’épicerie du village vous accueillera à la fin de votre étape ! Vous pouvez aussi vous rendre sur le site du GR® afin de connaître les conditions météo, l’actualité du terrain et qui regorge de conseils (itinéraires, règlementations…).

Un bon matériel de trek est fortement recommandé en essayant de s’alléger au maximum. Je vous invite à lire mon article qui détaille quoi mettre dans son sac pour partir en trek. Pour cette aventure :

Les + :

  • La poche à eau est une bonne alternative à la gourde car elle prend moins de place : j’en ai une de 3L que je ne remplis qu’à moitié lorsque je sais que je vais passer par des villages et croiser des sources d’eau, mais que je peux blinder quand je sais que je passe la nuit en bivouac sauvage, qu’il me faut de l’eau pour mon dîner, mon petit dej et une partie de l’étape du lendemain.
  • Les bâtons de rando me paraissent indispensables. Il y a beaucoup de dénivelés, on a du poids dans le sac, pourquoi se passer de deux appuis supplémentaires pour soutenir le poids et épargner les genoux en descente ?
  • Le matériel de base rando/bivouac : bonnes chaussures et chaussettes, chapeau, trousse de secours, couteau, matériel de camping, barres de céréales… eh oui, finalement, que vous partiez 3 jours ou 14, vous emporterez sensiblement la même chose.

Les – :

  • Vous pouvez tout à fait vous passer du réchaud et de la popote si vous partez sur une aventure aussi courte avec autant de possibilités de ravitaillement. Après, pensez à vérifier que les quelques provisions que vous emporterez sont effectivement moins lourdes que l’attirail pour réchauffer les lyophilisés. Et il faut pouvoir vous passer de la boisson chaude du matin !

Est-ce que je vais croiser des chiens protecteurs de troupeau ?

On a effectivement vu quelques patous de loin, et des troupeaux sont en semi-liberté et paissent parfois en travers du sentier, donc oui : vous êtes susceptibles de croiser des patous, ces gros chiens protecteurs des troupeaux. Les consignes sont simples et claires, il faut rester calme et les laisser s’approcher : ils ont besoin que vous les laissiez vous identifier (détourner le regard et tendre doucement le poing) comme un passant qui n’est pas une menace pour le troupeau.

Toutefois, pour ma part, c’est un petit chien au détour d’un village qui m’a chiqué sans que j’ai eu le temps de dire ouf. Si ça vous arrive et que vous êtes mordus : désinfectez, renseignez vous si possible sur le statut vaccinal du chien, qui doit être déclaré chien mordeur. Il faut ensuite téléphoner au vétérinaire le plus proche pour vérifier qu’il n’y a pas eu de cas de rage dans le coin. Puis une consultation médicale s’impose (je l’ai faite par visio de mon côté) qui conduit souvent à des antibiotiques en préventif pour éviter l’infection, le chien ayant dans la bouche des bactéries qu’il supporte très bien, à l’inverse de nous.

Autres itinéraires possibles

Au départ de Bourg d’Oisans, vous avez beaucoup d’autres choix pour découper vos étapes et profiter de cet endroit.

Evidemment, vous pouvez vous lancer dans le grand tour, mais encore une fois, certains font le GR® en 14 jours, d’autres en 9 ! Si vous êtes un marcheur aguerri, 14 jours seront peut être un peu de trop, mais en revanche, les 10 jours vous demanderont beaucoup d’effort et de grosses étapes, notamment si vous voulez effectuer les variantes alpines.

D’autres randonneurs rencontrés sur le chemin avaient d’emblée décidé de faire la « première partie » et de s’arrêter à Vallouise : après La Grave ou Villar d’Arène, vous allez jusqu’à Monêtier-les-Bains puis jusqu’à Vallouise. Cela vous permet de continuer à passer par des villages et de vous arrêter avant que ça ne devienne trop sauvage et escarpé.

Le site du tour des Ecrins vous décrit également un tas de possibilités, des tours plus cools et plus plats, des parcours en VTT ou à cheval…


Alors, prêts à vous lancer ? A votre tour de tester cette petite aventure dès que vous aurez un long week-end à passer dans cette région, ou de construire votre propre itinéraire sur les sentiers de l’Oisans et des Ecrins ! N’hésitez pas à utiliser les commentaires pour poser vos question ou raconter votre aventure.

Laisser un commentaire